Connected campuses: third places for higher education

Quelle fut la genèse du dispositif Campus Connectés ?

En 2017, la ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation, Frédérique Vidal, avait observé que la grande majorité des étudiants, en particulier dans les territoires ruraux, demandait la formation la plus proche de chez eux, alors même que l’étudiant pouvait être intéressé par une autre formation, avoir d’autres objectifs de vie professionnelle. L’objectif a alors été de décloisonner l’ensemble des formations possibles à proximité, grâce au numérique. C’est en travaillant sur les e-mobilités qu’Erwan rejoint le groupe de travail tiers-lieux et enseignement, fin 2018 : créer des lieux d’accueil pour former et étudier sans remettre en cause d’autres structures de déconcentration de l’enseignement supérieur comme peuvent être les antennes universitaires (ex Grenoble / Valence). Le concept de tiers-lieu séduit d’autant plus s’il peut ne pas être directement rattaché à l’université de son territoire.

Grâce au travail réalisé avec l’ANCT autour des tiers-lieux, nous avons orienté notre réflexion autour de la création de lieux d’accueil de la formation à distance.

Le contexte de crise sanitaire mondiale a ensuite fortement accéléré les avancées sur ces sujets d’e-mobilités.

Naissance du dispositif en quelques dates

2018 : groupe de travail tiers-lieux et enseignements Juin 2019 : choix des territoires retenus pour l’expérimentation Septembre 2019 : expérimentation sur 1 an sur 13 propositions avec 130 étudiants inscrits malgré le calendrier très soutenu. 10 projets seront confirmés à l’issue de l’expérimentation. Janvier 2020 : lancement de l’Appel à Projets doté d’une enveloppe prévisionnelle de 25 millions d’€uros au sein de l’action “Territoire d’innovation Pédagogique” du PIA3. Il n’y avait pas de typologie de territoire cible prédéfini pour répondre à l’appel à Projets même si les territoires ruraux étaient privilégiés, notamment dans le cadre de l’agenda rural, au même titre que les territoires où les services déconcentrés de l’État sont plus rares, en particulier en enseignement supérieur.

La fenêtre d’opportunités étant favorable, tout est allé très vite. En quelques mois, Campus connectés est passé de groupe de travail à dispositif pour 100 sites déployés en France métropolitaine et ultramarine.

Les tiers-lieux selon Erwan Paitel sont composés de deux éléments fondamentaux : la structure et l’humain. Une structure mise à disposition de la population et un collectif suscite une offre de services. Je partage l’idée de Patrick Levy Waitz, président de France tiers-lieux, qui définit les tiers-lieux comme les nouvelles “MJC” du 21e siècle, dans un cadre beaucoup plus large, qui touche à la dynamique, à l’éducation et au développement du territoire. A ce titre, les campus connectés peuvent être dans des tiers-lieux qui proposent plein d’autres activités.

Qu’est-ce qu’un Campus Connecté ?

  • Les espaces labellisés Campus Connecté permettent de suivre, près de chez vous, des formations à distance dans l’enseignement supérieur garantissant la même reconnaissance et la même qualité de diplômes que sur un campus universitaire.
  • C’est un lieu d’études qui met à votre disposition des salles de cours connectées et équipées, où vous pouvez, à partir de votre ordinateur personnel ou d’ordinateurs mis à votre disposition sur place, suivre la formation à distance à laquelle vous vous êtes inscrits auprès d’une université ou d’une école. Vous êtes encadrés et accompagnés par un tuteur (1 pour 10 étudiants).
  • Ces espaces connectés sont mis à disposition par les collectivités locales.

Quels sont les points de vigilance identifiés ?

  • Le fort besoin en équipe d’accompagnement
  • Les différents niveaux d’avancement, car labellisés à différentes dates, demandent du temps à déployer.
  • L’équipe du MESRI a un rôle de médiateur, observateur, conseiller, accompagnant, et créateur d’interaction pair à pair afin que l’ensemble fonctionne et soit pérenne.
  • La problématique de soutenabilité des lieux à accompagner au fil de la structuration du dispositif.

S’il y avait un objectif phare du dispositif, quel serait-il ?

Contribuer auprès des citoyens à leur faire sentir que l’État peut accompagner de manière bienveillante chaque citoyen. Les tiers-lieux permettent de faire un raccourci entre l’État et les utilisateurs. Le principal objectif est de proposer à l’ensemble des étudiants, notamment en territoires ruraux, dans les Quartiers Politique de la Ville et en Outre-mer, une logique de réussite dans l’enseignement supérieur, grâce à l’intégration progressive.

Quels sont les points remarquables des Campus connectés?

  • Les terrains sont fondamentalement différents ce qui crée la richesse du réseau des campus connectés dans les réflexions et montée en compétences de chacun et prend en compte la spécificité de chaque territoire en proposant une offre de proximité. Nous sommes ici dans une logique de déconcentration des services de l’État.
  • La “ressensibilisation” des populations déshabituées des services de l’État : le temps d’observation est indispensable pour proposer les solutions et accompagnements appropriés.
  • Le projet porté par le gouvernement polynésien de développer 5 campus connectés sur 5 iles différentes, ambitieux du point de vue politique et des structures car cela va de pair avec le déploiement du réseau haut débit de ces mêmes iles.
  • La logique bi-directionnelle : la collectivité peut proposer une offre de services de base ou élargie (restauration, animation, gratuité des transports, etc). En parallèle, le MESRI propose un cadre légal et juridique de ce qu’est « être étudiant » via une cartographie détaillée des services publics disponibles (accès à des soins médicaux, aides sociales, pass culturel, etc.).
  • Nous avons accompagné les candidatures avec les services déconcentrés, via les préfectures et les rectorats, qui ont la vision du territoire.
  • La complémentation de l’enseignement supérieur par les campus connectés dans des villes qui disposent déjà d’offre d’enseignement, en accord avec l’université et la collectivité : Marseille, Carcassonne, Brive.

Comment est financé le dispositif ?

Le dispositif Campus Connectés est financé dans le cadre du Plan d’Investissement d’Avenir de l’État, via la caisse des dépôts. La banque des territoires contractualise et suit budgétairement. Le MESRI apporte la compétence enseignement supérieur en tant qu’animateur de l’offre de services des campus connectés.

Un coup de cœur Campus Connectés ?

Ceux que nous avons ouvert dans des centres pénitentiaires, à Rennes et à Caen, font l’objet d’un travail avec le ministère de la justice et la direction de l’administration pénitentiaire, avec un fort enjeu d’insertion et de réintégration, en proposant une détention non plus punitive mais constructive pour préparer son retour dans la société. La formation et la montée en compétence faciliteront, à coup sûr, la réintégration sociale.

Un projet emblématique à nous faire découvrir ?

Le Faitout connecté dans l’Aisne. C’est à la fois un tiers-lieu et un campus connecté : belle démonstration qu’une offre de service supplémentaire qu’est la formations s’intègre dans un tiers-lieu déjà existant.

« J’aime l’idée qu’on fasse des tiers-lieux, des lieux totem de l’offre des services déconcentrés, un lieu de brassage et de rencontre des populations. Grâce aux campus connectés, la jeunesse peut (re)devenir acteur de son territoire, moteur de l’économie locale et de la dynamique territoriale, de l’entreprenariat et de la vie sociale. Et qui plus est, ce même territoire peut déployer de nouveaux services au profit de sa jeunesse, via les tiers-lieux. C’est un moment profondément intéressant. Que l’étudiant puisse à la fois trouver le service dont il a besoin dans le tiers-leu et en même temps être le service auprès d’autres citoyens de son territoire.  C’est un vœu très philosophique finalement! »

Témoignages

Un jeune étudiant de Marseille, ancien boxeur, en grande souffrance de ne pouvoir suivre en amphi et écrasé par le système classique. « Je me sens bien dans le campus connecté, je me sens en confiance. »

C’est ce type de témoignage qui donne du sens à notre action.

Notes

MESRI = Ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation

MJC = Maison des Jeunes et de la Culture

Chiffres clés

  • 89 Campus connectés labellisés
  • 170 candidatures
  • 82 sont déployés – les 7 restants ouvrent en septembre 2022
  • 66 sont en milieu rural